Quel est l'impact cognitif des outils d’IA générative sur la pensée critique et créative ?
Évidences #55 • L'actualité scientifique
Bonjour à toutes et à tous,
Ces dernières années, les outils d’intelligence artificielle générative se sont imposés dans les pratiques académiques à une vitesse spectaculaire. Mais comment influencent-t-ils notre façon de penser ? Dans une revue systématique récente, une équipe de recherche a analysé 67 études menées entre 2022 et 2025 portant sur l’influence de ChatGPT sur la pensée critique et la pensée créative.
Les résultats semblent indiquer que les effets cognitifs de ChatGPT ne sont pas intrinsèques à l’outil lui-même, mais dépendent du cadrage pédagogique, de la structure des tâches et des dispositifs d’accompagnement mis en place. Autrement dit, il ne s’agit ni un outil miracle ni d’un outil toxique, mais d’un outil qui reflète et renforce la qualité du cadre dans lequel il s’inscrit.
Intégré dans des tâches structurées – comprenant des prompts guidés, des activités réflexives et des interactions dialogiques –, il permet aux personnes apprenantes de développer leur régulation métacognitive, d’améliorer leur raisonnement et de renforcer leurs capacités d’autorégulation. Ces bénéfices sont particulièrement nets lorsqu’elles sont amenés à évaluer, justifier ou réviser les productions de l’IA, plutôt qu’à les accepter passivement.
Sur le plan créatif, ChatGPT s’est également révélé efficace pour soutenir la génération d’idées, la flexibilité cognitive et l’exploration de perspectives multiples, notamment dans des tâches d’argumentation, de développement de projets ou d’écriture ouverte.
À l’inverse, dans des contextes peu ou pas structurés, plusieurs problèmes récurrents apparaissent : dépendance excessive à l’IA, engagement superficiel, érosion du raisonnement argumentatif et décharge métacognitive. Dans ce dernier cas, les personnes apprenantes utilisent l’IA pour obtenir des retours et des révisions, mais sans s’engager dans une réflexion approfondie.
Trois trajectoires distinctes se dégagent ainsi : un développement synergique des deux formes de pensée dans les dispositifs bien conçus ; un développement asymétrique où la créativité progresse mais la pensée critique régresse ; et, dans les cas les plus préoccupants, une érosion conjointe des deux, notamment dans des environnements d'utilisation passive ou instrumentale.
Qu’en retenir pour nos pratiques ?
Définir le rôle de l’IA avant de commencer. Afin de préserver l’engagement cognitif, précisez, pour chaque étape d’une tâche, ce qui est du ressort de l’IA et de la personne apprenante : ici l’IA génère des pistes, ici la personne apprenante évalue et tranche, ici elle révise en confrontant d’autres sources.
Cultiver la friction plutôt que l’éviter. Les outils d’IA générative produisent des réponses fluides et bien formulées, ce qui peut créer l’illusion de comprendre sans avoir réellement réfléchi. Se forcer à questionner leurs propositions transforme une interaction passive en véritable exercice de pensée critique (“Qu’est-ce que je changerais ?”, “Qu’est-ce qui manque ?”).
Développer sa littératie en IA. Savoir affiner un prompt, détecter une hallucination, identifier un biais : ces compétences relèvent moins de la technique que de la cognition. Elles déterminent la qualité de l’engagement avec l’outil et conditionnent la nature de son utilisation.
Intégrer des moments de réflexion après chaque interaction. Se demander ce qu’on a réellement appris, décidé ou produit par soi-même : ce simple réflexe métacognitif permet de maintenir une posture active.
Concevoir des tâches qui activent à la fois pensée critique et créative. Générer des idées avec l’outil, puis les analyser, les comparer et défendre ses choix : ce type de séquence récursive empêche le glissement vers un usage purement instrumental. L’IA y joue alors le rôle d’un partenaire, à condition que la tâche l’y invite explicitement.
Qu’on le veuille ou non, les outils d’intelligence artificielle générative font désormais partie du quotidien des personnes apprenantes en enseignement supérieur. Comme le montre cette revue systématique, ces outils ne sont ni bons ni mauvais en soi. De mon point de vue, l’enjeu consiste donc à les utiliser à bon escient et à tirer parti de leurs forces, tout en prenant en compte leurs limites.
Enfin, si l’article scientifique se centre ici sur ChatGPT, il est raisonnable de penser que les conclusions s’appliquent quel que soit l’outil d’IA générative utilisé.
Excellente semaine à vous, et à lundi prochain.
David.
Référence bibliographique :
Li, C., Cui, H., & Hagedorn, L. S. (2026). The cognitive impact of ChatGPT in higher education: A systematic review of critical and creative thinking outcomes. Computers and Education: Artificial Intelligence, 10, 100571. DOI: 10.1016/j.caeai.2026.100571




